sculptures


Il avait vingt-quatre ans à peine lorsqu’il s’est lancé avec aplomb dans une expression personnelle, trouvant une voie dont il a depuis inventé le cheminement. C’est toujours un bonheur de voir apparaître et évoluer un artiste dont la sculpture ou même les expressions picturales sont mues par ses propres forces intérieures et animées par des convictions si bien ancrées qu’elles échappent aux courants qui traversent l’époque. Cet art tire sa poésie muette d’un affrontement avec les matières et les forces de la gravité qui sont une composante essentielle de la sculpture, même classique. Mais son langage formel est si simple, si élémentaire qu’il ramène les sensations produites à de valeurs purement physiques, à des manifestations de l’être plutôt qu’à des expressions culturelles. La forme est là, certes, mais sans bavardage, souvent dictée par des assemblages, ou si élémentaire qu’elle évoque plutôt les prémices de l’humanité. Il résulte de cet affranchissement vis-à-vis du langage formel, une puissance et une séduction silencieuses, qui nous communiquent aussi un sentiment de liberté, une conscience rafraîchie d’exister dans le monde, parmi les matières, nous-mêmes traversés et régis par la gravité. Car nous éprouvons ces sculptures autant que nous les contemplons : nous appréhendons leur rugosité, elles imposent leur masse, les imbrications de leurs matières nous intriguent, nous nous projetons dans leur poids, l’effort accompli pour les mettre en place participe même à leur présence et la fascination qu’elles exercent.
Dans ses œuvres récentes, en assemblant des pierres autour d’un vide, par les artifices de la technique, Robin Vokaer retrouve le même propos par une autre voie, en même temps qu’il nous soumet une sorte de météore imaginaire. Avec une matière qui ne l’évoque en rien, il introduit une paradoxale fragilité et crée un centre de gravité dans le vide, au coeur de l’objet, mettant en évidence les mêmes préoccupations par une sorte de discours en creux.
Le talent et la conviction qui habitent sa sculpture nous prédisposent à aborder avec une égale curiosité sa peinture, plus récente, faite de traces fugitives, juxtapositions d’instants graphiques, frottis, griffures, qui semblent des expressions de la lumière et du temps, des traces du hasard apprivoisé. Là aussi, avec plus d’évidence peut-être, l’image est absente, et seules les sensations du mouvement, du rythme ou de la spatialité qui s’ouvre, sont suggérées à notre rêverie et à notre disponibilité mentale.

 Pierre Loze

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